Projet kolwezi
GLOIRE ISUBA
Gloire ISUBA est un artiste visuel congolais vivant et travaillant à Kinshasa, en République démocratique du Congo. Diplômé en peinture de l’Académie des BeauxArts de Kinshasa, où il intervient également comme enseignant en arts plastiques, il développe une pratique centrée sur les enjeux de la condition humaine dans des contextes marqués par l’extraction minière et la vie en périphérie urbaine. À travers la peinture, Gloire ISUBA interroge les réalités sociales, économiques et environnementales qui traversent la société congolaise contemporaine. Son travail puise dans les paysages miniers et les banlieues populaires pour construire des narrations visuelles autour de la précarité, du travail, de la résilience et de la dignité humaine. Ses compositions mettent en scène des corps, des gestes et des espaces chargés de tensions, révélant les contradictions entre richesse naturelle, exploitation et survie quotidienne. En 2024, il participe au programme Off de la Biennale de Dakar, l’un des rendez-vous majeurs de l’art contemporain africain, marquant une étape importante dans son parcours international. En 2026, son travail est également présenté lors de l’exposition Humanity à Barcelone, consolidant sa présence dans des plateformes d’échanges artistiques internationales et des réflexions globales autour des questions humaines et sociales. À travers une approche à la fois documentaire et symbolique, Gloire ISUBA construit une œuvre engagée qui questionne les rapports entre territoire, mémoire collective et humanité contemporaine.
« Kolwezi, un jour un rêve » est un projet artistique qui explore les réalités humaines, sociales et politiques liées à l’exploitation minière dans la ville de Kolwezi, au sud-est de la République démocratique du Congo. À travers une approche visuelle mêlant peinture, photographie documentaire, mise en scène et recherche narrative, le projet interroge la condition humaine dans les zones extractives, où les corps deviennent des instruments de production au service d’une économie mondialisée.
Le projet met particulièrement en lumière la précarité qui accompagne l’exploitation artisanale et industrielle : travail des enfants, exposition aux risques sanitaires et environnementaux, insécurité chronique, dégradation des conditions de vie et épuisement
physique des travailleurs. Dans ces espaces, l’homme semble progressivement réduit à une fonction mécanique, sacrifiant son
corps et sa dignité pour une survie économique minimale, tandis que les bénéfices générés alimentent des chaînes de valeur globales souvent déconnectées des réalités locales. Au-delà du constat critique, « Kolwezi, un jour un rêve », ouvre également une réflexion sur les paradoxes du développement :
comment un territoire aussi riche en ressources stratégiques peut-il produire autant de vulnérabilité sociale ? Le projet questionne
ainsi les enjeux d’industrialisation locale, de redistribution économique, de justice sociale et de sécurité pour les communautés
vivant au cœur des conflits d’intérêts autour des minerais critiques.
À travers une série d’œuvres visuelles, ce projet ambitionne de créer un espace de dialogue sur les contradictions contemporaines
entre progrès technologique, transition énergétique mondiale et coût humain de l’extraction.
CONTEXTE ET JUSTIFICATION
La ville de Kolwezi s’est imposée comme l’un des épicentres mondiaux de l’extraction du cobalt et du cuivre, minerais devenus essentiels à la fabrication des batteries électriques, smartphones et autres technologies contemporaines. Derrière cette centralité stratégique dans l’économie mondiale se cache pourtant une réalité marquée par de profondes fractures
sociales, environnementales et humaines. Dans les sites miniers artisanaux comme industriels, des milliers de personnes travaillent
quotidiennement dans des conditions extrêmes, souvent sans protection adéquate ni garanties sociales. Les paysages miniers sont marqués par la poussière toxique, l’instabilité des sols, les accidents fréquents et l’absence d’infrastructures de base. Cette économie extractive façonne non seulement le territoire, mais aussi les corps : fatigue chronique, blessures, maladies respiratoires et exposition permanente au danger deviennent des dimensions ordinaires de l’existence. Le travail des enfants constitue l’une des problématiques les plus alarmantes dans ces
environnements. Poussés par la pauvreté, l’absence d’alternatives économiques et la fragilité des systèmes de protection sociale, de nombreux enfants se retrouvent impliqués directement ou indirectement dans la chaîne extractive. Cette situation révèle un paradoxe brutal : les minerais qui alimentent les promesses d’innovation mondiale reposent parfois sur la vulnérabilité des populations les plus exposées.
Par ailleurs, l’intensification de l’activité minière a contribué à reconfigurer profondément les dynamiques sociales locales : déplacements de populations, tensions foncières, croissance urbaine désordonnée, dépendance économique et multiplication de conflits d’usage autour des terres et des ressources. Les communautés vivant à proximité des mines subissent ainsi les conséquences directes d’un modèle de développement largement tourné vers l’exportation des matières premières,
avec peu de transformation locale ou de redistribution équitable.
Dans ce contexte, Kolwezi, un jour un rêve apparaît comme une nécessité artistique et politique. Le projet cherche à documenter et traduire visuellement ces réalités complexes, tout en proposant une lecture critique des relations entre extraction, pouvoir, corps et capital. Il s’agit de rendre visibles des
existences souvent réduites à des statistiques ou à des récits simplifiés sur les minerais stratégiques.
En mobilisant l’image comme outil de mémoire, de dénonciation et de réflexion, le projet entend
contribuer à une conversation plus large sur la responsabilité collective face aux coûts humains de la
transition énergétique et sur la nécessité de repenser des modèles de développement plus justes, plus sûrs et plus ancrés dans les réalités locales.